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L’histoire de L’Âge d’Or : la pizzeria née d’une amitié et d’un feu de bois

  • Photo du rédacteur: Manelik Sfez
    Manelik Sfez
  • 19 juil. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 août 2025

Un duo inattendu : Tony et Dady posent les fondations


C’est l’histoire de deux amis que tout semble séparer, mais qui vont unir leurs talents :

Antoine Niklès, dit Tony, horloger et fabricant de montres, et Henry Perey, surnommé Dady, décorateur, antiquaire et designer d’intérieur. Dans les années 1950, ces deux figures genevoises décident de quitter l’univers classique de l’horlogerie et de la décoration pour ouvrir un lieu entièrement nouveau : une pizzeria.


Avant tout, Tony et Dady lancent ensemble « l’Impérial », un restaurant élégant situé rue Philibert Berthelier, aux abords de l’Hôtel des Bergues. C’est déjà un succès local, au décor « style Napoléon III », conçu par Dady à partir d’objets anciens qu’il possédait dans son magasin de la Grand-Rue.


Genève et la rue Rousseau dans les années 1950 | L'Âge d'Or
Genève et le quartier de la rue Rousseau au milieu des années 1950

Saint-Gervais : l’esprit ouvrier et artistique d’un quartier vivant


Dans les années 1950, le quartier Saint‑Gervais, situé rive droite, est encore le centre de l’activité horlogère genevoise. Tirant son nom du faubourg médiéval, il regorge de cabinotiers, artisans horlogers, graveurs et bijoutiers, mais aussi d’artisans du savon et de la bougie.


Ce quartier, un véritable creuset d’artisanat, est également animé par une forte identité populaire : un langage particulier, des cafés typiques où l’on parle haut, et une tradition de militantisme remontant au XVIIIᵉ siècle.



1955 : la petite pizzeria de la Rue Rousseau


Convaincus par la mode italienne, et constatant qu’il n’existe pas de pizzeria à Genève, Tony et Dady ouvrent en 1955 la première petite pizzeria au sommet de la rue Rousseau. Le concept est simple et novateur : une pizza unique, cuite au feu de bois dans un petit four, livrée directement dans un moule ; servie rapidement et bon marché, au prix modique d'environ 2 francs.


2025: L'Âge d'Or est toujours là, mais à l'angle de la rue de Cornavin
En 2025, L'Âge d'Or est toujours là, mais juste à côté de la rue Rousseau à l'angle de la rue de Cornavin

1961 : déménagement à la Rue Cornavin, et décor « théâtral » signé Dady


En 1961, l’établissement déménage à la rue Cornavin, dans un bâtiment conçu par l’architecte Marc-Joseph Saugey. C’est à cette époque que Dady réalise le décor baroque néo‑italien : tentures rouges, petits balcons à l’italienne, statues de Maures en bronze du XVIIIᵉ, bras de groom tenant des lampes, miroirs et un portrait grandeur nature de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie d’après Winterhalter. L’ensemble donne un air de salon de théâtre.


Le four à bois reste l’élément central : sa taille conditionne celle de la pizza qui, sans prétention, triomphe par sa simplicité et son prix abordable.


Le décor baroque néo-italien de Henry "Dady" Perey à L'Âge d'Or
Le décor baroque néo-italien de Henry "Dady" Perey

Anecdotes et vie intérieure


Henry Perey, reconnu comme « le décorateur en vogue » des années 1960, avait réalisé l’agencement d’endroits prestigieux comme l’Hôtel Richemond ou la papeterie Brachard. Il aurait même décliné une offre de décoration de J. Paul Getty à New York, préférant rester à Genève pour s’occuper de sa mère.


Après le départ de Tony et Dady, la sœur de Tony et son compagnon prennent la gestion, sans expérience : les comptes sont mal tenus, l’adresse perd de son lustre malgré la présence d’un maître d’hôtel charismatique.


En 1995, Thomas Affolter, épaulé par Jean‑Marc Brachard (associé de longue date), reprend la pizzeria alors presque en faillite. Ils rénovent la cuisine, modernisent la vaisselle (assiettes Langenthal) et rafraîchissent le logo, tout en conservant la même pâte, les mêmes recettes et une ou deux « nouvelle » pizza plus grande pour les gros appétits (250g).



Lieu de vie social et culturel


Dès ses débuts et pendant son développement, L’Âge d’Or est bien plus qu’un restaurant : c’est un point de rencontre pour intellectuels, étudiants, jeunes professionnels et artistes. Ils y discutent autour d’un verre, d’une pizza, dans un décor propice aux confidences.


À proximité, la Maison des Jeunes et de la Culture de Saint‑Gervais, créée en 1963, devient une pépinière d’arts, accueillant théâtre, musique et cinéma indépendant dans le quartier.


Chambre de l'Hotel Richemond à Genève
Henry Perey, reconnu comme « le décorateur en vogue » des années 1960, avait réalisé l’agencement d’endroits prestigieux comme l’Hôtel Richemond à Genève © Le Richemond

De la petite pizzeria au patrimoine genevois


L'histoire de L’Âge d’Or traverse les décennies sans renier ses racines : four à bois centenaire, décor animé par Dady, carte fidèle à l’original. C’est un vestige vivant d’un Genève ouvrier, festif, artistique et authentique. Aujourd’hui encore, savourer une pizza là-bas, c’est se connecter à l’histoire d’un lieu façonné par deux amis visionnaires, au carrefour de la modernité et de la tradition.



L'histoire de L’Âge d’Or : une légende qui perdure


L’Âge d’Or est née de la créativité de Tony et Dady, deux figures passionnées d’horlogerie et de design, dans un quartier vif et fier. Son décor théâtral, son ambiance et ses recettes inchangées en ont fait un monument de la gastronomie genevoise.






Sources:


 
 
 

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