top of page

L’Âge d’Or : la première pizzeria de Suisse est née à Genève, en 1955

  • Photo du rédacteur: Manelik Sfez
    Manelik Sfez
  • 19 juil. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 août 2025

Genève, 1955. La ville n’est encore qu’un entre-deux : pas tout à fait la Genève internationale d’aujourd’hui, pas encore sortie non plus de son passé ouvrier. Sur les hauteurs de la rue Rousseau, un duo improbable composé de Tony, fabricant de montres, et de Dady, décorateur excentrique, ouvre un lieu modeste qui, sans tambour ni trompette, s’apprête à faire entrer la Suisse dans l’ère de la pizza.

L’histoire de la pizza helvétique commence ici.

La rue Rousseau à Genève dans les années 50 | LÂge d'Or
La rue Rousseau à Genève dans les années 50, dans le quartier Saint-Gervais Temple.

Une pizza, un four, et une intuition


Ce que Tony Niklès et Henry Perey (surnommé Dady) installent en 1955 dans leur petit local de la rue Rousseau n’a rien d’un concept marketing. Il n’y a qu’une seule pizza à la carte, servie dans un moule, cuite au feu de bois. Pas de truffe, pas de marketing à l’italienne. Juste une pâte, une garniture simple, et beaucoup d’audace.


Dans cette Genève encore discrète sur le plan culinaire, le pari est presque étrange : peu de Genevois connaissent ce plat venu du sud de l’Italie, et l’idée de le servir comme plat unique paraît radicale. Pourtant, ça fonctionne. Très vite. Les clients affluent, la pizza se vend à prix modique, et le four à bois devient la pièce maîtresse d’un établissement qui n’a pas encore de nom mythique, mais qui commence déjà à laisser une empreinte.



Genève toujours en avance d’une bouchée


Aujourd’hui encore, L’Âge d’Or est considérée comme la première pizzeria de Genève, et sans doute de Suisse. Les annuaires de l’époque n’enregistrent aucun autre établissement du genre dans le pays avant cette date. À Zurich, la pizzeria Napoli apparaît en 1954, peut-être un an plus tôt. À Lausanne, il faut attendre 1958 pour voir une pizzeria s’installer.


Mais ce qui distingue L’Âge d’Or, ce n’est pas seulement sa précocité. C’est son esprit. Tony et Dady ne tentent pas de reproduire Naples à Genève. Ils inventent un lieu à part, genevois, libre, original, à leur image.


L'intérieur mythique, de style Napoléon III, de L'Âge d'Or
L'intérieur mythique, de style Napoléon III, de L'Âge d'Or à la rue de Cornavin depuis 1961

1961 : un théâtre nommé pizzeria


En 1961, six ans après son ouverture, L’Âge d’Or quitte la rue Rousseau pour s’installer rue Cornavin, à quelques pas de la gare. Le changement n’est pas qu’une question d’adresse. C’est là que Dady déploie son talent de décorateur dans toute sa démesure : tentures rouges, statues orientales, miroirs dorés, balcons à l’italienne… L’ambiance évoque un petit théâtre baroque où l’on vient autant pour l’ambiance que pour la pizza.


Le décor, inchangé depuis plus de soixante ans, est devenu une signature. Il participe à la légende. Mieux : il l’incarne.


L'Âge d'Or en 1961, à la rue de Cornavin, dans le même quartier que la rue Rousseau
L'Âge d'Or en 1961, à la rue de Cornavin, dans le même quartier que la rue Rousseau

Une histoire d’exil et de sauce tomate


Si la pizza entre en Suisse par Genève, ce n’est pas un hasard. La ville est alors au cœur d’un mouvement migratoire venu d’Italie. L’horlogerie, le bâtiment, les services, autant de secteurs qui emploient massivement des travailleurs italiens dans les années 1950.


Avec eux, ils apportent leur culture, leur langue… et leur cuisine. Au départ, la pizza se fait discrète, presque clandestine, dans des foyers ou des repas de famille. Mais très vite, certains osent la proposer à la carte. C’est le cas de Tony et Dady. Et ils le font sans folklore, sans folklore, sans carte kilométrique. Une pizza. C’est tout. Et c’est déjà beaucoup.


Extrait d'un article de la Tribune de Genève sur Cultura Italia
Extrait d'un article de la Tribune de Genève sur l'association genevoise Cultura Italia

Plus qu’un restaurant : un jalon


Ce qui fait de L’Âge d’Or une pizzeria historique, ce n’est pas seulement sa date d’ouverture. C’est sa constance. Depuis 1955, le lieu est resté fidèle à ses principes : cuisson au feu de bois, recette originelle, ambiance inchangée. Même lorsqu’il a frôlé la fermeture dans les années 90, il a été repris, restauré, modernisé sans être dénaturé. Une rareté.


D’autres établissements ont ouvert, d’autres pizzas ont été inventées, déstructurées, réinterprétées. Mais L’Âge d’Or est restée. Et sa fidélité à elle-même est sans doute la meilleure preuve de son caractère fondateur.


L'Âge d'Or aujourd'hui offre une expérience authentique et un véritable voyage dans le temps
L'Âge d'Or aujourd'hui offre une expérience authentique et un véritable voyage dans le temps plein de nostalgie

La première pizzeria de Suisse est toujours là, et bien là


Aujourd’hui, aucune plaque officielle, aucun label patrimonial ne vient rappeler que Genève abrite probablement la première pizzeria du pays. Mais la mémoire locale, elle, ne s’y trompe pas. La presse genevoise le répète. Les archives municipales le confirment. Les anciens le racontent. Et les clients d’aujourd’hui continuent d’y aller : pour la pizza, pour l’ambiance, pour l’histoire, pour l'atmosphère unique.

Il est temps de le dire clairement : oui, L’Âge d’Or est la première pizzeria de Suisse. Et elle est toujours là !





Sources


 
 
 

Commentaires


bottom of page